11 juin 2008

A propos du libéralisme

Jean-Jacques PAULET nous présente un texte au sujet du libéralisme. Le débat issu de la réunion de section du 4 juin dernier a été animé et riche en contradictions. Les différentes interventions seront mises en ligne au bas de ce texte très prochainement, afin de rendre compte du débat de manière exhaustive.

 

Le définir

Selon le dictionnaire, le libéralisme est " un ensemble de doctrines qui tendent à garantir les libertés individuelles tantôt contre l'arbitraire du gouvernement par la limitation des pouvoirs de l'exécutif, tantôt contre l'influence des groupes par la limitation de la puissance des partis, des syndicats".
Sur le plan économique c'est "une doctrine selon laquelle la liberté économique, le libre jeu des lois naturelles - liberté d'entreprendre, liberté de circulation, libre concurrence- ne doivent pas être entravés par une intervention autoritaire."
Le libéralisme est effectivement théorisé au 17ième et 18ième siècle à partir des analyses et propositions des penseurs de cette époque, Locke, Smith, Montesquieu, Rousseau, Voltaire
Ils établissent la liberté comme le seul moteur de l'activité humaine. Ils considèrent par ailleurs que les intérêts individuels convergent naturellement vers l'intérêt général, la souveraineté ou le pacte social.
On peut considérer aujourd'hui que la doctrine du libéralisme couvre l'ensemble du champ politique, institutionnel et économique sans établir de distinction ni de frontière entre ces domaines. Il existe un continuum.

Le différencier

Le libéralisme ne saurait être confondu avec l'économie de marché. L'économie de marché est une forme strictement économique d'organisation réglementée voire limitative des échanges fondée sur la satisfaction entre une offre et une demande par le moyen d'un prix. L'économie de marché fonctionne depuis des siècles au sein des sociétés marchandes. L'économie de marché concerne l'ensemble des individus, des groupes, des entreprises, des pays, des groupes de pays quelle soit leurs caractéristiques propres.
Le libéralisme ne saurait être confondu avec le capitalisme. Le capitalisme est le système économique de valorisation de l'entreprise par et au profit des apporteurs de capitaux, en considérant de façon subsidiaire la valeur du travail incorporé. Le capitalisme est né véritablement au 19ième siècle avec le développement des techniques, des transports,des découvertes, l'avènement des grandes entreprises, des travaux de grande ampleur nécessitant l'appel à des capitaux importants. Le capitalisme relève normalement d'analyses propres à l'entreprise.
L'économie de marché et le capitalisme peuvent être libéraux comme aux USA. L'économie de marché peut être sociale et écologique comme nous le voulons aujourd'hui. Le capitalisme peut être un capitalisme monopolistique d'état comme les communistes l'avaient défini. L'économie de marché et le capitalisme peuvent être comme en Chine autoritaires à l'intérieur et libres à l'extérieur comme en Chine.

L'analyser

Le libéralisme est une doctrine qui neutralise au plan social voire anthropologique les tentatives de construction d'une société harmonieuse, équilibrée.
Comme il est interdit de porter atteinte au concept fondamental de liberté dont chaque individu est doté, toute proposition de règle qui viendrait limiter l'exercice de cette même liberté, est soit bannie soit l'objet de débats et de conflits sans fin. Le libéralisme ainsi conforté devient le référentiel incontournable de toute action humaine dans nos sociétés, au détriment de toute autre préoccupation et centre d'intérêt collectif.
Au plan individuel, le libéralisme est vécu comme une recherche permanente d'une liberté conduisant à l'épanouissement de la personne. Par cette caractéristique messianique le libéralisme se présente comme une doctrine d'ordre divin, une voie de passage obligé vers le bonheur individuel par définition jamais réalisé. Le libéralisme ne prescrivant par nature aucune limite à la recherche de la liberté individuelle, il génère angoisse, désespérance, folie chez l'individu.
Ainsi se dire, se positionner, se déclarer libéral est soit une banalité, un lieu commun car il n'est plus porté atteinte dans nos sociétés aux libertés acquises, soit une vision dangereuse de l'organisation de nos sociétés et de notre équilibre individuel.
Le nature totalitaire du libéralisme au plan social et individuel, n'a pas échappée à ses concepteurs ni à ses propagandistes actuels. Ils proposent d'en limiter les effets par des principes moraux ou religieux. Cette pondération est à l'initiative de chacun soit imposée à tous. Dans un cas son efficacité est aléatoire. Dans l'autre cas elle contredit les principes de base du libéralisme.
Les vertus et les propriétés affectées au libéralisme ne constituent pas un référentiel efficace de gauche pour aborder et répondre aux questionnements de nos sociétés.
Le libéralisme c'est, par exemple
Plus d'individus et moins de société : la libéralisation de l'expression sur internet, , la négociation du temps de travail dans les entreprises, les retraites individuelles, …
Plus de court terme et moins de long terme : la consommation immédiate contre l'équilibre écologique, la performance individuelle contre l'investissement éducatif, le capitalisme financier contre l'investissement productif…
Plus de conflits et moins de compromis : la concurrence et l'organisation des marchés, l'interventionnisme libéral contre la démocratie dans le monde, la recherche d'adversaires fabriqués tels jeunes, fonctionnaires, état-voyou, …

En conclusion

Le libéralisme ne saurait servir de référentiel politique aux socialistes qui préconisent plutôt la réforme, la démocratie, l'établissement de règles préalables avant l'action, le traitement des conflits par la négociation, l'exercice des libertés individuelles dans un cadre d'une organisation générale acceptée, la prise en compte de besoins collectifs, la participation individuelle à l'effort collectif, la nécessité d'investissement de long terme, la prévention plutôt que la coercition.
" Se dire libéral et socialiste, c'est laisser croire que le socialisme ne parle pas de l'individu, de la liberté ou l'efficacité économique, et qu'il a besoin pour cela de l'apport du libéralisme. Or rien n'est plus faux " Ségolène Royal le 2/6/08.

 

Libéralisme : pourquoi se battre pour les " concepts " ?

Nicolas Dubourg, juin2008

 

Le mot libéralisme est comme beaucoup de mots, un mot valise. Depuis son origine dans l’Europe des lumières à aujourd’hui, tous les courants politiques, des conservateurs les plus farouches aux progressistes les plus acharnés, se sont chargés de lui appliquer la définition qui leur convenait, partant d’un constat simple pour le philosophe de comptoir : qui peut être contre " la liberté " ?

 

Erigé au même rang que des mots comme " justice ", il paraît impossible de bâtir un programme politique moderne sans se réclamer du parti de la liberté.

 

Pourtant, après 30 ans de lutte idéologique et de propagande féroce des partis conservateurs, les mots sont devenus équivoques.

Delà sont apparus au sein même des partis progressistes deux types d’objections qui voudraient entériner la séparation entre libéralisme et liberté:

- la première objection porte sur l’idée elle-même. Elle appauvrit l’idée de liberté en la coupant de l’histoire et voit dans le programme politique qu’elle implique la disparition du lien social au profit de l’individualisme. Mais en limitant la définition de la liberté à la liberté d’agir sans contrainte légale elle oublie que l’exercice de la liberté est soumis à des contraintes sociales (la connaissance, la richesse). Avoir le droit de créer une entreprise et avoir le capital et les connaissances pour la créer effectivement sont deux choses différentes. Les socialistes travaillent à la réunion des conditions concrètes de l’exercice des libertés.

- La seconde objection est plus stratégique et renvoie au vieux démon de notre parti qui privilégie la stratégie politicienne à la cohésion intellectuelle. Elle affirme que le mot libéralisme est un mot incompris par la masse et qu’il faut l’abandonner à nos adversaires pour lui substituer un autre plus consensuel.

 

Ma position est simple.

Premièrement il faut se mettre d’accord sur une définition correcte du mot libéralisme en allant puiser dans les racines de la République et du matérialisme historique de Marx.

La liberté, pour ceux qui ont fondé en France le mouvement socialiste, n’est pas la possibilité pour chacun de faire comme bon lui semble.

De l’article 4 de la déclaration de 1789 :

" La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. "

Les républicains ont sut souligner que la condition de l’individu était largement déterminée par sa naissance, son héritage et que par conséquent l’exercice de la liberté ne pouvait être réalisé par les individus de manière égale.

Comme le rappelle le fronton de nos bâtiments publics, " liberté, égalité, fraternité " il ne peut y avoir de libertés sans égalités (des droits, des accès à la connaissance).

La liberté authentique des républicains s’inscrit dans l’histoire des hommes. Elle ne part pas d’une situation imaginaire où tous seraient égaux en fait. Elle affirme au contraire qu’il existe des différences, mais que les individus, égaux en dignité, ne doivent pas subir la domination d’autrui quand celle-ci serait le fruit de l’héritage.

La liberté que nous défendons est un synonyme d’émancipation, elle implique la responsabilité de chacun vis-à-vis de ses propres choix. Elle s’oppose à son double chétif, que les bonapartistes modernes tentent de lui substituer et qui ne consiste qu’à dire " fait ce qu’il te plaît ".

 

Deuxièmement, il faut combattre le poujadisme rampant de la politique sarkozyste et dénoncer ses constats à l’emporte pièce, qui des discussions de comptoir font une expertise prophétique. Oui, la modernité s’oppose aux positions corporatistes, mais elle sait faire la différence entre le groupe qui œuvre pour lui-même et celui qui agît pour le bien commun. L’amalgame et la simplification sont les armes des néo-conservateurs. Pour les combattre il faut repartir à la conquête de nos mots, de nos valeurs et reposer le débat à l’endroit où il a toujours été :

Voulons-nous une société qui tourne son visage vers le passé, repliée sur elle-même, rétive à l’étranger, défendant les positions de ceux qui sont bien nés ?

Ou voulons-nous au contraire affirmer la puissance modernisatrice de la république ?

Pour cela, il faut se réapproprier les mots de la modernité et cela commence avec les mots " égalité ", " justice " et " liberté ".

14:20 Publié dans > Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : congrès, ps | |

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